CELIBATTANT

« Mon ex m’a demandé de lui faire un enfant »

Date:  11-07-2017 Catégorie:  Actualités

INTERVIEW

Il s’appelle Philippe, il a 34 ans et ce célibataire parisien a accepté il y a plus de quatre ans de se lancer dans l’aventure de la co-parentalité avec son ex petite-amie. Il nous explique pourquoi et comment il s’est lancé dans cette aventure.

Début juillet, je retrouve Philippe aux Grands Magasins, alors qu’il est occupé à chercher une ceinture en cuir tressé et un nœud papillon original pour le mariage d’un ami. Je l’accompagne. Il est pressé et doit partir le lendemain dans le Sud mais il accepte tout de même de me parler. C’est la première fois qu’il va donner quelques éléments sur les conditions de sa paternité même s’il m’a prévenue : « Tu seras déçue. Je ne dirai rien de très personnel ». Ce bobo célibataire et fêtard invétéré est papa d’une petite fille de trois ans et demi. Tous ses amis connaissent sa fille. Il en parle tout le temps et montre des photos de son « bijou ». Quand il la garde, son emploi du temps est chamboulé et il n’est plus aussi disponible pour un verre en terrasse ou une soirée au Carmen car le lendemain il a un festival de film pour enfants au Forum des Halles. Mais sur sa co-parentalité, très peu connaissent vraiment les tenants et les aboutissants.

Qui est la mère de ton enfant ?

C’est une ex qui a marqué ma vie profondément. Je suis sortie avec S. quand nous avions entre 18 et 22 ans. Ce sont des années où on devient adulte, on s’affirme et c’est un passage important. Elle était là pour moi. Elle me connaît mieux que mes propres frères. On se comprend, on se connaît mais on s’est séparés. Nous avons deux façons de vivre tellement différentes. Malgré cela, nous sommes restés en bons termes.

Comment ce projet de co-parentalité a été abordé ?

C’était il y a plus de quatre ans. Elle m’en a parlé. Ça faisait déjà huit ans environ qu’on n’était plus ensemble.

Ah oui huit ans…

Oui. Mais nous restions en contact. C’est quelqu’un qui a marqué ma vie alors elle y sera toujours. Pendant ces années, elle a eu d’autres histoires mais visiblement c’est avec moi qu’elle voulait avoir un enfant puisqu’un jour elle m’a demandé de l’aider à en avoir. Je ne peux pas m’imaginer faire un enfant avec quelqu’un que je connais pas aussi bien. Il y a tellement de choses qui rentrent en ligne de compte : l’éducation, la religion, les valeurs… et c’est un engagement à vie.

Comment as-tu réagi ?

Au début, je ne voulais pas en entendre parler. Un enfant ? T’imagines ? Avec mon ex ? Ça m’est tombé dessus comme ça. J’ai rien demandé. Et voilà qu’elle me demandait d’avoir un bébé. Elle n’a pas insisté lourdement ni mis la pression car elle me connaît tellement bien qu’elle savait que ça ne marcherait pas avec moi. C’est la personne qui me connaît le mieux au monde. Mais au fil des semaines, ça a commencé à me travailler aussi. C’est vraiment une période de crise, de réflexion dont je ne garde pas un très bon souvenir. On en reparlait régulièrement et au bout de trois mois, je lui ai dit oui.

Tu en as parlé à quelqu’un ?

Ah non, surtout pas. Même pas à mes frères, même pas à mon frère jumeau, ni à mes amis. J’ai décidé ça seul. Je n’avais pas envie qu’on me prenne la tête. Je me suis dit que mon ex était quelqu’un d’important dans ma vie. C’est pour elle que je l’ai fait. Le plus drôle c’est que c’est quelque chose que j’ai toujours condamné : ces femmes qui font des enfants toute seule. Je disais que c’était ridicule. La vie m’apprend à me contredire…souvent, sourit Philippe.

Cet accord incluait quoi ?

Tout d’abord, je me suis assuré qu’elle ne voulait pas qu’on se remette ensemble. Je voulais être sûr qu’il ne s’agissait pas de cela. Je ne lui pas demandé directement mais ce sont des choses qui se sentent surtout quand on connaît la personne. J’ai vraiment senti qu’elle voulait un enfant et rien d’autre. Pour le reste, on n’en a pas parlé tout de suite. Même si je lui ai toujours dit que « si j’étais papa, je n’abandonnerais pas mon enfant ». Quand je lui disais cela, elle souriait. Elle ne me croyait pas. On n’a pas du tout les mêmes vies et elle ne me voyait pas, moi le gros fêtard, devenir papa comme par magie. 

Vous avez  fait appel à l’insémination ?

Oh non, on a fait ça naturellement et S. est tombée enceinte très vite, dit Philippe avec une pointe de fierté.

Et pour la suite, la grossesse ?

« Je n’étais pas du tout présent pendant les neuf mois de grossesse », avoue Philippe avec une pointe de regret dans la voix.

Quand est-ce que ça a changé ?

A la naissance de ma fille. Quand elle a accouché, je lui ai dit qu’il fallait qu’on parle. Elle a dit « OK, tu auras la place que tu voudras bien prendre pour ta fille ». C’est S. qui a choisi le prénom et j’ai dit OK. On s’est mis d’accord sur le fait que je pouvais la voir quand je voulais, sur la pension alimentaire et les autres détails.

Je me suis attaché au fur et à mesure à ma fille. Tout ce qu’on raconte sur le mythe du  bébé qu’on vous met dans les bras et vous chialez tout de suite en vous rendant compte du sens de la vie, c’est du bullshit !

Sur le moment, je n’ai pas réalisé. Pour moi en tout cas, c’est après que c’est venu.

J’allais voir ma fille chez sa mère et je faisais des siestes régulièrement avec elle sur le sofa. Je la sentais respirer, je la voyais dormir, je restais avec elle et cette présence, cet être vous prend tellement d’énergie. J’en sortais épuisé et je me disais « woouah, c’est ça être papa ».  T’es trop fatigué après pour sortir avec les potes et c’est là que tu crées vraiment un lien avec ton enfant.

Philippe se prépare à déménager dans l’outre-mer où S. s’est installée il y a de cela un an pour élever son enfant dans un meilleur cadre de vie loin du béton et de la ville. Comme elle. Pour elle, elle veut l’enfance qu’elle a eu.

Philippe la voit tous les trois mois. Il la garde régulièrement quand S. passe à Paris. Depuis quelques mois, il se plaint régulièrement de ne pas suffisamment voir sa fille. En ce moment, il montre à tous ses amis les images d’elle sur son vélo au centre aéré alors qu’elle joue la montre pour rester au centre.

« Elle ne veut pas partir. On a bien fait de la mettre en centre, elle s’éclate apparemment », dit-il en regardant la vidéo envoyée par la mère de sa fille.  

Tu pensais qu’elle prendrait autant de place dans ta vie ?

Je ne me suis jamais posée la question en ces termes. Je n’avais pas envie d’avoir un enfant. J’avais même pas 30 ans. J’étais jeune, frais, libre, indépendant. J’avais la vie devant moi, je menais une vie de célibataire parisien alors avoir un enfant…Mais maintenant, je ne peux pas vivre sans elle.


S. a rencontré un autre homme et Philippe rejoint l’outre-mer pour se rapprocher de sa fille. Il est toujours célibataire.


* La photo est une photo d'illustration. Le prénom de Philippe est un prénom d'emprunt pour protéger son anonymat. 


Et vous, avez-vous déjà eu envie de demander à un ex de vous aider à avoir un enfant? 


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