CELIBATTANT

MISS SLOANE : l’héroïne célibataire

Date:  14-03-2017 Catégorie:  Sorties

Le Film des Célibattants de la semaine

Vous avez dit Miss ? Eh bien, oui, l’héroïne est célibataire, sans enfant, et pour une fois, elle ne s’en excuse pas, ne nous fait pas pleurer sur sa vie privée, et pour une fois, on ne lui dit pas « ben c’est pour ça que t’es célibataire ». Miss Sloane est une lobbyiste hors pair de Washington DC qui défie le lobby des armes et son ancien cabinet. Entre big guns et célibat.

Au-delà du scénario tout simplement génial, écrit par un jeune scénariste britannique, Jonathan Perera, ce film est une pépite qui met en scène une héroïne aux multiples facettes…et célibataire assumée. 


Miss Sloane

Un scénario génial  

Le film parle du lobby des armes qui tente d’empêcher le vote d’un amendement qui doit allonger le délai d’obtention de tous les ports d’armes et permettre de vérifier les antécédents psychiatriques de ceux qui veulent se procurer une arme. « Quiconque est aussi pressé pour obtenir une arme est une personne trop dangereuse pour se voir vendre une arme » lâche Miss Sloane en déroulant son argumentaire.  Phrase simple et logique qui fait pourtant débat sur le 2e amendement de la Constitution Américaine. Rebondissements, twists, surprises, flashbacks éclairants, dialogues intelligents, clichés aux abonnés absents, ce film est une merveille d’écriture, de jeu d’acteurs et qui fait tristement écho à l’actualité américaine.

 Une héroïne célibataire qui ne s’excuse pas de l’être

Merci au scénariste. Il n’y a pas d’état d’âme sur le fait d’être célibataire, de ne pas avoir d’enfants, de vie de famille. Minute émotion qu’on retrouve souvent quand un héros ou une héroïne est célibataire. Mademoiselle Sloane le vit très bien. Merci.  Ce statut de célibataire n’est pas vécu comme un échec ou une cause d’aigreur.

Et quand on la questionne dans le cadre privé sur le fait qu’elle regrette ou non de ne pas avoir de famille, elle répond clairement et distinctement : «Ohh non, je me suis rendue compte à 20 ans que ce n’était pas pour moi et je n’en ai pas plus envie à maintenant ». Ça a le mérite d’être clair.

On pourrait la voir craquer, écraser une larme et se confier sur une épaule avant de se laisser aller à des confidences sur son enfance et son adolescence, son bal de promo ou un mariage raté qui pourrait expliquer pourquoi elle est seule mais rien de tout ce mélodrame qu’on retrouve toujours dans les films quand on voit une femme célibataire. On se dit qu’il y a toujours une raison. Mais pour Miss Sloane, ça restera un mystère et on finit par se dire que Hollywood a enfin accepté l’idée que peut-être, bizarrement, il y a juste des gens qui se sentent bien comme ça.

Escort boy pour le sexe, pas pour la représentation

Miss Sloane fait appel aux services d’une agence d’escort boys pour passer la nuit et assouvir ses besoins sexuels mais met des limites claires. Pas d’attachement, pas d’échanges psychologiques. Elle n’a pas de manque affectif à combler.

Quand Forde, le jeune homme qui lui loue ses charmes, lui confie que ses services incluent également des représentations publiques lors de soirées, elle juge très sévèrement ces autres femmes. Elle juge cela « pathétique » car il y a derrière ces représentations la notion de femme qui n’assume pas publiquement son statut de célibataire et a besoin d’un faire-valoir. Pas du tout sa mentalité. Miss Sloane assiste à nombre de galas, toujours seule et n’en a rien à faire de l’image que cela renverrait. D’ailleurs, jamais elle n’en parle.

« Tu es un phénomène Elizabeth »

« Tu es un phénomène Elizabeth. Il t’est arrivé quelque chose ou est-ce que tu es née avec cet esprit tordu ?  »

« Tu ne ressens rien ou tu n’en as juste rien à faire ». Ses techniques d’investigation, ses principes d’intervention et ses procédés peu orthodoxes surprennent et suscitent le débat mais on ne fait jamais d’attaques sur sa condition de célibataire. JAMAIS, on n’entend  de développement sur son statut de femme seule du style :  « C’est pour ça que t’es seule. Tu es revêche, dure, froide » ou encore « « C’est pour ça que t’as pas d’homme ! T’as pas d’enfant, t’es seule ». Oh la petite pique serait si simple à sortir. Cette ficelle a été si souvent utilisée dans les films (et dans la vraie vie aussi d’ailleurs) pour tirer la larme au méchant célibataire qui ne peut rien comprendre au monde et à la morale. Souvent, dans les films, on fait passer le fait d’être célibataire comme une preuve que quelque chose cloche. T’es un méchant lobbyiste, tu vois t’es célibataire. Complexe, décomplexée, humaine, calculatrice, froide, drôle, cynique, idéaliste, réaliste, émotive, individualiste, altruiste, réfléchie, à bout de nerfs et contradictoire. Elle est tout ça à la fois. Mais surtout, Elizabeth Madeline Sloane n’est pas dans la veine des héroïnes habituelles mues par sa seule réussite. A l’opposé d’une Mirande Priestly du Diable s’habille en Prada et d’une Amanda Waller de Suicide Squad qui sont tout simplement badass, elle offre une multitude de facettes et non pas un jeu simple. Elle est sans doute plus humaine en célibataire endurcie que son ancien patron George Dupont, joué par un excellent Sam Waterston, obnubilé par l’argent qui a la tête du parfait grand-père. Comment sans enfant peut-elle se montrer plus humaine et désintéressée que des pères et mères de famille ? D’ailleurs, souvent, quand on demande à un homme ou une femme pourquoi il a fait quelque chose de répréhensible pour de l’argent, le « j’ai des enfants » revient souvent. Comme quoi.  Les valeurs d’un être humain ne sont pas forcément motivées par son statut personnel mais aussi par des principes parfois purement désintéressés et moraux.

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